Résonance

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Bertrand Els

Une source
se déverse en flux
veloutés et sombres
comme si elle ne voulait
que se transmettre par
ombres

Une source
donne aux mondes
un parfum d’eau
pluie fine et galets brûlants
mélangent
les mêmes souvenirs
étranges

Une source
animale
serpente enlace
l’encre sert en secret
les sentiments

Une source
lente
s’enracine se délie
longue sentinelle
de signes étincelants
qu’enraye parfois
involontairement
mon esprit qui
tente l’écho
presque muet


Source image

Se perdre

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Bertrand els

Le visage de l’absence
dans les coups que je lance
un dédale de traits
les lacets d’une route de montagne
la décence que j’oppose à la descente en pays de silence
le portrait de profil des phrases
que je n’ai jamais pu apprendre
à prononcer
le silence transpire et parfois le regret
se met à me sourire

là boulonné sur un socle
de marbre le monolithe
de son corps acide
résume ses pensées en bloc
impossible de lui opposer
un simple songe sinueux
sans avoir à porter un masque
et un bouclier


Source image: Bertrand Els

Filaments

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Hier une méduse
effleurait de ses
tentacules blancs
l’autre versant de
la colline bleue

Ensuite poussée
par le vent elle
a gagné le large
agrandissant
son ombre en
même temps
que la nuit mauve

entre ciel et mer
le temps s’est
perdu la méduse
a disparu

Seuls quelques
filaments blancs
comme des phrases
incomplètes
ne finissaient pas
de se disperser
dans mon esprit
médusé

Émanation

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Phoenician, 700 – 650 BC

La mer est telle que le ciel
est devenu un fantôme
au loin les îles sont des pièces d’étoffes bleues
épaules bras hanches mains étaient des calanques
la mer tellement souple
ses vagues
à peine soufflent une suite
à la nue
se soulève en moi l’immense doute
depuis que je suis née ce poulpe
glisse son amertume dans mes soutes
la mer fille des flammes
pleure

En Trop

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by Jaime Corum

Quand je ferme les yeux je te vois
m’encercler de tes galops doux
rythmant au travers de tes pas
toutes mes hésitations et les tremblements
incertains de ma voix

Alors je ne ferme plus les yeux et je crois
qu’ainsi je pourrais échapper au passé
celui qui m’avait défait de moi et
t’ avait rendu presque muet

Alors je ne ferme plus les yeux
que pour te regarder
conquis par la liberté d’être
ou de te dissimuler sans accorder
la moindre chance à la violence

Quand je ferme les yeux je me vois
tel que j’aurais dû être au galop
si tu n’avais pas été qu’un rêve
dénoncé comme un maladie
de trop


Source image

La Dame à la Licorne

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Félidé

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©William Kentridge

Quand il marche c’est la nuit qui se déplace
ondoiement du vent dans les fraiches frondaisons
il s’approche du bout du nez et sent
la lune ronde est jaune et saupoudrée de pollen
comme les fleurs que l’on place dans les toiles

quand il s’approche et me regarde je vois
comment son œil irise la lumière et la garde
au fond de lui-même pour éclairer ce
qui le hante d’un halo de jade

quand il me parle on n’entend rien
tout oscille de l’or au vert et se lit
ses mots ne mutilent jamais
inutilement le silence

Rejet

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©Bertrand Els

À ton caractère il faudrait ajouter une gamme
de lumières croissantes
d’ombres grises de plus en plus éblouies
À ton visage tous ceux que je garde en mémoire

le poids de ton petit poing fermé
l’odeur de ta paume effleurée par un sommeil d’astre
la vrille d’un souffle qui s’échappe de ta bouche
chevelure de lait
quand tu n’étais qu’un bébé

À tes silences s’ajoutent tous les autres silences
feuilles froissées
fleurs affamées de mots
poèmes
Ouroboros
planètes inexplorables
hologrammes au défi de représenter
ta réalité


rejet

à Bertrand

Évagation

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©Jean Pierre Bourquin

Aller jusqu’au bout de moi sans
avoir même le droit de penser
y parvenir
là faire une pause s’assoir sans
plus voir ici
aucune jambe malade
regarder
comparer l’infini
gardé en mémoire

partout des voies ourlées par les vagues
dessinent aux
certitudes volcaniques du jeu qu’est la durée
des corps des visages de statue

aller les ailes devenues un fardeau
sur les chemins d’un retour
sans parvenir à joindre ses pas
à leurs empreintes
aller l’ombre entaillant l’espace qu’explore
inlassablement le soleil

Paraphrase

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NPR RADIO PICTURES

Source image


N’existent plus
les ombres
quand le monde végétal
s’abrite au fond du lac blanchâtre
de la lumière
les verts remplacent les noirs
les tiges les troncs et les hampes florales
décident de l’espace à explorer
à la place des phrases
point de vent
points d’hésitation dispersés au large
pour
arrimer la pensée élaborer la conscience

le chuchotement
la chute
le foisonnement
et plus rien
qui ne s’attache à faire du sens
la réalité ressurgie d’un songe
au détour d’un chemin
bordé de ronces dévoré de débris de roches
qu’un millier de pas écrasera sous
son poids